Tu pensais que tu serais heureux, comme ça, à vivre avec un beau voile planté en face de tes yeux. La dentelle était pourtant bien peu épaisse. J'avais mal pour toi, tu sais, très mal. Je te voyais pas à pas et jour après jour t'écraser encore plus, te prélasser dans quelque chose qui ne t'allait vraiment pas. Tu aurais dû épaissir. T'épaissir, toi et tes petites fioritures décorées. Ton goût pour l'amour et l'amer de tes mots. Tu n'aurais pas dû me dire "Julien, viens, restons ici, ou continuons". Et j'aurais dû me persuader de ma schyzophrénie affective, de mon non-moi. Du fait que je ne peux pas l'être réellement, que je finirai toujours par tourner en bourrique. Comme le chien tentant indéfiniment de se mordre la queue. Tourner, tourner (courir, courir), s'essoufler, avoir les poumons bien noirs, bien crâmés par ce qu'il vient de se passer. Puis : stop. Rewind, on réécoute encore une fois la boucle, la dernière bande, l'ultime.
Finalement, on pourrait bien s'identifier à ce genre de choses.
Ensuite, ré-écouter encore une fois une chanson comme celle-ci, et se persuader qu'elle ne nous fait rien, plus rien. Qu'elle ne nous touchera plus jamais. C'est agréable de se se sentir fort et invincible, fort et invisible. Après s'être démené à être dégoûté, s'être persuadé de n'y voir qu'une chose abjecte et dénuée de toute vie. Le pire, c'était ça. Au fond, après avoir bien gratté et cherché le petit "chose", on se sent bien, encore une fois, bien d'être libéré d'une poids que tout ça pouvait représenter. Bien de se dire qu'on est libre et que les vannes n'ont que très peu été ouvertes. Juste ce qu'il faut.
Et la route n'est pas aussi longue qu'on pouvait penser. Il suffit juste de fermer les yeux, ouvrir un peu les fenêtre pour sentir l'air doucement caresser nos visages, sentir nos poils lentement se dresser. Le mieux, c'est l'averse. Quand doucement tout fond sur notre peau, tout passe par nos pores et rentre bien profondément en nous. On se sent vivant, vivant. Vivant mais pas totalement guéri, biensûr. Les ballades, les jardins, les fleurs, la vie, tout ça reste bien facile devant ce qui nous attend.
C'est ce qu'on disait, ce que je disais. Pourquoi "on", en fait ?
Pour me cacher encore plus, pour tenter de jouer à l'homme invisible et de me fondre la masse.
Je crois que je ne suis même plus conscient de ce que j'écris et de ce que je suis en train de penser, les touches sautent sous mes doigts à une vitesse assez affreuse, je commence à avoir mal aux articulations. Et pourtant. Je continue de m'exciter vaguement sur ce clavier pourri, j'en ai besoin, ça me sidère le mal que je me fais en me resassant des choses complètement stupides et qui, au fond, seront bien vite totalement rayées. Y mettre un bon grand coup de cutter, là, jusqu'au bout. Le crissement des ongles sur la table en verre, la petite cuillère qu'on appuie bien fort sur l'assiette blanche.
J'ai toujours eu besoin d'avoir des périodes en haut, en bas, puis à droite ou à gauche.
En haut, en haut,
en bas.